jeudi 28 avril 2011

T'as changé.

Il n'avait que cette phrase à la bouche.

T'as changé, c'est fou, non je te jure, ohalala c'est dingue comme t'as changé, regarde-toi, t'as tellement changé.

Nous étions en terrasse, aussi je ne pouvais pas le jeter sous un bus, et je buvais donc sans reprendre ma respiration, pour ne surtout pas répondre.
"T'as changé." Cette phrase pue. Elle pue, parce que c'est une évidence débile. Oui, j'ai changé. Certaines cellules sont mortes, paix à leur âme, de nouvelles sont arrivées avec le printemps, c'était merveilleux : c'est le cycle inexorable magnifique de la vie, mon chou.
Mais bon, "t'as changé", au troisième verre, dans la bouche de ce type, ça peut vouloir dire deux choses uniquement :

T'as changé, oh putain t'as changé, t'es devenue super bonne, tellement bonne que je n'arrive à te dire que ça.
T'as changé, oh merde t'as changé, t'es devenue un gros tas, j'ai envie de rentrer chez moi, aide moi s'il te plait.

Désireuse de ne pas y passer la nuit et de rentrer chez moi avant la fin de X Factor dans le cas n°2, j'ai décidé de lui poser la question à dix mille euros.
J'ai posé mon verre, ce qui m'a fait paniquer, passé ma main dans mes cheveux, je l'ai regardé un peu sérieusement et j'ai lâché :
"C'est une idée fixe ? T'es monomaniaque ? Parce que ça ne m'étonnerait pas en fait, je veux dire, il suffit de voir ta mère."

Hahahahahahahaha.

Bref, j'ai lâché, la bouche en coeur :
"Ah ouiiiiiiiiiiiii ? Et commeeeeeeeeeeent ?"

Et là, sa réponse a été NULLE. Mais vraiment. Rien qui me dise si la suite de ma soirée sera placée sous le signe du X Factor ou du X tout court.

"Ben tu vis à Paris quoi."

"..."

"Tu... Tu fumes. Tu as l'air cultivée. Tu fais du vélib."

Et ça a continué comme ça pendant dix minutes. Une litanie de clichés, ohlalala la parisienne, ceci cela, les bobos, les fixies, le bio, le théâtre de la colline, la viande des grisons.
Finalement, il a pris conscience de mon air de plus en plus renfrogné et a voulu me faire un compliment.

"Tu vis dans le quatorzième.. T'es montée en grade quoi.. Je veux dire, c'est la classe..."

Là j'ai craqué, je lui ai parlé de mon sanibroyeur, du SDF qui squatte mon placard, de mon robinet de douche qui a trois jets, de ma poubelle qui fuit. Je lui ai dit que je ne voulais surtout pas d'un de ces parisiens pédés qui m'emmène au théâtre. Je lui ai avoué que je voulais un homme, un vrai, qui répare tout chez moi, m'insulte pendant l'acte, et me bat occasionnellement pour raviver la flamme.

Je suis repartie avec le numéro de son plombier, Marlon Brando. Chassez le naturel...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire