mercredi 24 août 2011

Des gens chez moi.

On appelle ça la co-lo-ca-tion.

Bien sûr, j'ai déjà vécu en colocation. Il y avait Francis, le SDF de mon placard. Et mon sanibroyeur. Un "ménage à trois" you know. Héhéhé.

Je les ai quittés parce que je vais à Sciences Po. Donc il me fallait un truc avec des moulures une cheminée des balcons en fer forgé des meubles en bois précieux des coiffeuses des lustres chargés comme il faut des hauts plafonds pour m'aider à penser des murs blancs pour mes toiles du parquet sur lequel traînent quelques vinyles savamment éparpillés et des clopes.
Dans mon dressing - pardon, dans ma coiffeuse - des fringues à 6,5 SMIC cachent mal le Moleskine que je remplis au Café de Flore parce que quand j'y vais je me sens comme Sartre et Simone de Beauvoir réunis.

Tout va bien, me direz-vous.

Eh bien non, rien ne va.

Rien ne va parce que j'ai abandonné le SDF de mon placard, et ce sans même pouvoir lui dire au revoir.
En fait, j'avais préparé un dernier apéro piquette-chips, en dépit de mon ascension sociale toute récente. Parce que faut jamais oublier d'où on vient tsé. J'ai frappé à la porte de son placard (les pauvres aussi ont droit à une certaine intimité). Pas de réponse. Prise de panique, j'ouvre. Et là...

Personne. Rien. Pas même de bouteilles vides.

Je sais ce que vous pensez. Je sais ce que vous pensez parce que je pense la même chose. C'est difficile à admettre pour moi, vous savez, parce qu'en dépit de mon ascension sociale, je suis encore fragile.

C'est difficile à admettre, parce que j'en étais certaine. Certaine d'avoir réussi à apprivoiser mon sanibroyeur. Mais voilà, il a fallu se rendre à l'évidence :

MON SANIBROYEUR A DEVORE LE SDF DE MON PLACARD.

Evidemment, je me suis rendue au commissariat... où évidemment, ils se sont tous marrés genre LOL un clodo qui disparaît. Je me suis énervée :

Mimime en deuil : Vous vous en foutez parce que c'est un clodo, c'est ça hein ? Vous pensez que vous valez mieux que lui ?? MAIS ALLEZ DITES-LE !

Flic : ...

Mimime en deuil : SOCIETE DE MERDE. ET MES PARENTS ME FONT CHIER TIENS AUSSI. ET MES PROFS MEME SI CE SONT DES PROFS DE SCIENCES PO ILS DONNENT TROP DE DEVOIRS.

Flic : ...

Mimime en deuil : Bref de toute évidence vous êtes con. En même temps... Vous avez fait quoi comme "études" ? BEP ? CAP ?

Flic : Euh.. J'ai eu mon bac et je suis entré à l'école nationale de police mademoiselle.. mais quel rapport ?

Mimime en deuil : Je.. Ah il faut quand même le bac ? Bon.. Je... Oui mais le bac c'est donné ! Vous avez vu la polémique sur le bac S ? Hein ? Vous lisez les journaux ? Vous savez lire ? Moi je lis beaucoup ET J'ECRIS DANS MON MOLESKINE EN TERRASSE.

Flic : ...

Mimime en deuil : ET VOUS SAVEZ QUOI BEN MOI JE VAIS A SCIENCES PO.

Flic : Euh.. Oui je sais. C'est la quatrième fois que vous le dites, mademoiselle.

Mimime en deuil : Ah bon ? Euh oui ben... Ben je le répète parce que comme vous êtes flic, vous ne devez pas être très fut fut. Je fais ça pour vous.

A ce moment là, il m'a proposé un deal qui, je dois le dire, n'était pas si bête : sois je filais, soit je restais à lui faire "perdre son temps" (c'est-à-dire à l'instruire, bref) et on me faisait douze prises de sang pour trouver du THC et me garder quelques heures de plus.

Je n'en veux pas à Francis d'être parti. Il a très mal vécu le fait que je quitte notre ménage à trois. Quant à mon sanibroyeur, j'imagine que ça l'a aussi rendu fou. Je plains sincèrement le futur locataire, car l'empreinte du crime hante désormais les moindres recoins de cet appartement. J'ai d'ailleurs laissé des douzaines de messages à l'agence pour signaler l'écart du sanibroyeur, mais ils continuent à faire la sourde oreille. Ces gens-là ne pensent qu'au fric.

La bonne nouvelle, c'est que les gens qui sont chez moi.. pardon, mes co-lo-ca-taires, vont peut-être disparaître un jour, tout comme Francis. Et à moi leurs moulures leurs glaces leurs cheminées leurs fringues color block leurs balcons bois précieux clopes vinyles héhéhéhéhéhinhinhinhin.

Mais il y a peu de chance pour que mon Moleskine les bouffe. C'était mieux avant.