vendredi 11 mars 2011

Chez Ladurée, on se sent encore chez soi.

Coucouxe !

J'ai un problème en ce moment : je rajoute des "x" et des "s" à la fin de toutes mes salutations. Outre le "coucouxe" auquel vous venez d'avoir droit, je passe mon temps à dire aux gens "saluxe", "saluce", ce qui peut vite faire penser à "ça luxe" ou "ça suce", ou par contraction "ça suce au Lux", chose courante en ce mois printanier. Bref vous comprenez pourquoi la vie en société a quelque chose de problématique pour moi... et pourquoi je finis invariablement par écrire sur ce blog. Pourquoi cette affluence soudaine de "s" et de "x" dans mon langage ? Bonne question, on mettra ça sur le dos du printemps, des épaules et des jambes qui commencent à se dénuder, et de toutes ces hormones qui fermentent dans nos corps comme dans les RER, où les regards moites se multiplient ces temps-ci.
Je n'ai pas beaucoup écris récemment en raison d'un autre problème : je suis devenue complètement niaise. C'est le mois de mars qui me fait cet effet je suppose, puisque je passe mon temps à me balader dans Paris, à m'assoir sur des bancs au soleil et à sourire bêtement aux touristes et à nourrir les pigeons. Sans parler des fois où je confonds, et où je me mets à sourire aux pigeons en balançant des miettes sur les touristes. Bref je perds la boule.
Toujours est-il que là il y a un gros nuage et que mon cours d'économétrie commence à me regarder d'un air moite lui aussi, donc j'en profite pour écrire un peu.

Récemment, lasse de passer ma vie sur les bancs publics à sourire dans le vide, je me suis laissée inviter chez Ladurée. Depuis le temps que je voyais passer des petites nanas affublée d'une doudoune poilue avec un Longchamp au creux du coude gauche et un petit sac Ladurée au creux du droit, je me suis dit qu'il fallait que j'en ai le coeur net. Et puis il valait mieux que j'essaie ça plutôt qu'une doudoune poilue, non ? Surtout que je suis assez opposée à la doudoune, parce que je trouve que ça fait ressembler n'importe qui au bonhomme Michelin. Et comme il s'invite souvent dans mes rêves ces temps-ci, et qu'il se débrouille plutôt bien, toutes ces doudounes, ça me trouble. Ne me jugez pas.

Bref. La légende retiendra que j'y suis allée pour l'expérience, et vraiment pas pour m'empiffrer de macarons tout en ayant l'air classe aux frais d'un homme mal informé quant à mes intentions. Je me résigne donc à y aller ; nous entrons, un homme noir nous accueille, je me cache derrière l'homme mal informé, il me rassure, j'accepte de suivre l'homme de couleur vers le salon de thé. Nous commandons à peu près tout ce qu'il y a sur la carte, enfin je commande pendant que l'homme mal informé semble avoir un peu chaud. Je le comprends, il y a pas mal d'étrangers dans la salle, et ça commence à me rendre un peu nerveuse moi aussi. Des grosses américaines qui porte des Nike même pas à la mode et se prennent pour Simone de Beauvoir, des allemands avec leur modèle économique à la con, des japonais dont les flashs m'aveuglent, mais laissez-moi vivre. L'homme mal informé se rend aux toilettes, probablement pour essayer de trouver une fenêtre par laquelle s'échapper.

Pendant ce temps-là je contemple le décor : fauteuils rouges sombres, chaises et tables et fer forgé, peintures murales qui évoquent le doux temps des colonies : palmiers, habitats rudimentaires, ciels bleus, paisible oisiveté. Je dois dire que les serveurs, qui sont tous noirs, se fondent assez bien dans ce décor, il ne manquerait plus qu'ils mangent des bananes et dansent pour nous. Comme au bon vieux temps, celui où ils ne nous volaient ni nos emplois ni nos femmes ni nos bancs publics sur lesquels ils dorment à présent toute la journée. Mais enfin ce n'est pas le moment de s'énerver, les macarons ne vont pas tarder à arriver.
Les macarons arrivent, je les déguste, je me sens jolie et délicate. Mangue douce, eau de fleur d'oranger, pomme verte acidulée, les goûts et les couleurs concordent, pas d'incertitude possible. L'homme noir débarrasse, informe l'homme mal informé de l'addition. L'homme mal informé tique un peu mais sort sa carte, dont la couleur correspond bien à celle que j'avais deviné en voyant la doublure de son manteau à notre première rencontre, et il laisse un petit quelque chose à l'homme noir pour qu'il puisse prendre soin de sa famille.

Y a pas à dire, chez Ladurée, tout est en ordre, tout va bien ensemble comme il faut ; oui, chez Ladurée, au moins, on se sent encore chez soi.

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